Évaluation du programme de logement à soutien gradué

Quoi ?

Évaluation du programme de logement à soutien gradué

Publié le Lundi, 21 avril, 2014
Auteur : CRDITEDME

iStock_000005799017SmallL’implantation du programme de logement à soutien gradué s’est effectuée dès décembre 2011 à Longueuil et Granby.

Au départ, il s’agissait d’un projet-pilote, mais comme les résultats se sont avérés à ce point positif, le programme est maintenant en cours d’implantation sur tout le territoire desservi par le  CRDITED de la Montérégie-Est.

L’évaluation du programme couvrait la période de décembre 2011 à mars 2013. Le rapport d’évaluation a été rendu disponible à l’automne 2013.

Il ressort de l’évaluation de ce programme que 80 % des usagers ayant complété le programme durant le projet pilote se sont maintenus en logement. Les usagers ont manifesté avoir repris le contrôle de leur vie et fait des apprentissages considérables. Le programme se déroulant essentiellement dans le milieu réel, le logement de la personne, est assurément un atout à maintenir.

Les données permettant d’apprécier l’intensité de service offert pour chacun des usagers desservis et la durée de chacun des épisodes de service viennent confirmer le réalisme des estimations faites lors de la rédaction du programme, à savoir que le programme se déroule durant un maximum de 12 mois dont trois à six mois d’interventions intensives dans le logement de la personne et environ 3 mois d’estompage des interventions.

Les usagers et leurs proches ont collaboré de façon soutenue dans une majorité des cas. À cet effet, les ententes d’engagement prévues en début de programme sont des facilitateurs à maintenir. Toutefois, bien que le réseau de la plupart des usagers ait été bonifié et solidifié, beaucoup pourrait encore être fait dans cette sphère afin de faciliter le maintien en logement à long terme de chacun des usagers. Impliquer le réseau de la santé et des services sociaux de première ligne demeure un défi de taille.

Une embûche prévisible en début de programme s’est manifestée à plusieurs reprises, soit trouver un logement qui répond aux besoins de l’usager. La pénurie de ces logements a, dans certains cas, ralenti ou suspendu temporairement l’épisode de service en début de parcours. Le coût élevé des logements et le temps d’attente pour avoir accès à un HLM notamment expliquent cette situation.

Un élément très positif à souligner est le fait que le réflexe de prise en charge de l’usager qu’on peut remarquer chez certains éducateurs n’a pas été un obstacle ici, alors qu’il avait été désigné comme une embûche possible lors de la rédaction du programme. Ainsi, les éducateurs-entraîneurs ont outillé les usagers afin qu’ils se responsabilisent.  Ils ont ainsi éviter de faire les choses à leur place.

Au chapitre de l’organisation du travail, on doit souligner qu’il n’y a pas eu beaucoup d’échanges d’information entre les équipes des deux territoires. Le personnel éducateur entraîneur a souligné avoir besoin d’occasions d’échanger sur le programme et de recevoir de la formation sur la façon de composer avec le réseau de la personne.

Le programme Logement à soutien gradué demeure méconnu dans l’établissement et, fort de son succès jusqu’ici, mériterait une plus grande visibilité.

Voici, de façon plus détaillée, les résultats de cette évaluation :

  • L’expertise du personnel éducateur entraîneur s’est développée par l’expérimentation, les supervisions et les rencontres du comité d’accès au programme. Il n’y a toutefois pas eu de rencontres d’échanges entre les deux territoires ni de formation spécifique.
  • L’intensité de soutien a été très variable d’un usager à l’autre, mais dans l’ensemble, la période de soutien intensif s’est maintenue en deçà des 9 mois prévus au programme. Elle a été suivie d’un estompage.
  • Les réseaux de soutien des usagers sont demeurés minces et ont été constitués essentiellement de la famille immédiate et d’amis. Peu de membres des réseaux se sont montrés disponibles à soutenir la personne dans les sphères les plus exigeantes : santé, sécurité et finances notamment.
  • Tous les usagers ayant terminé leur épisode de service au programme Logement à soutien gradué étaient encore suivis en adaptation et réadaptation à la personne et plusieurs, au programme d’intégration au travail.
  • Le programme a démontré son efficacité notamment en raison de la forte proportion d’usagers s’étant maintenus en logement après leur épisode de service (80 %) et la satisfaction des usagers mesurée à l’aide de l’outil Mesure de la qualité de l’environnement (MQE).
  • Les membres des réseaux des usagers ont été très généreux dans leurs commentaires (questionnaire de satisfaction) ce qui facilite l’identification des ajustements à faire au programme. Les commentaires du réseau ont été, de façon générale, très positifs. En effet, les répondants se sont montrés tout à fait en accord avec la plupart des énoncés qui portaient sur la communication, la collaboration, les attentes envers le réseau et la notion de soutien gradué suivi d’un estompage. Les éléments moins positifs portaient surtout sur la fin de l’épisode de service au programme.
  • Au chapitre de l’étude des dossiers, le programme a été implanté de façon très satisfaisante dans l’ensemble des cas. Quatre usagers sur les 5 ayant complété l’épisode de service vivent un succès d’intégration dans leur logement. Ils sont, avec le soutien de leur réseau, autonomes et ont réalisé leurs apprentissages dans des délais de moins de 12 mois. Dans les points à améliorer, il n’y avait aucun plan de transition dans les dossiers évalués et l’analyse de la fin de l’épisode de service restait à améliorer.
  • De courtes entrevues à partir d’un questionnaire ont été réalisées auprès de 4 des 5 usagers ayant complété leur épisode de service au programme Logement à soutien gradué. L’élément qui a fait l’unanimité chez les usagers ayant répondu au questionnaire est leur grande satisfaction par rapport à l’intensité de service offert. Ils ont également dit avoir repris le contrôle sur leur vie et fait des apprentissages considérables. Cependant, ils se sont montrés divisés sur le soutien reçu de leur réseau.
  • Un groupe de discussion a été formé afin de recueillir les commentaires des intervenants au programme (éducateurs entraîneurs et gestionnaires). Ils se sont tous dit en faveur du maintien des interventions directement dans le logement de la personne. Ils croient qu’une meilleure préparation des familles sur l’aspect financier de la vie en logement est nécessaire de même que sur la difficulté à trouver certains types de logements. La préparation, surtout les activités d’appropriation (ex : ce qu’est un bail) a été très appréciée. Le groupe a aussi souligné l’importance que les éducateurs entraîneurs soient familiers autant avec la déficience intellectuelle que le trouble du spectre de l’autisme.

Les recommandations:

Le rapport d’évaluation du programme Logement à soutien gradué s’est conclu avec quelques recommandations dont plusieurs sont déjà en implantation, puisque le programme s’étend actuellement à l’ensemble du territoire du CRDITEDME. Les voici :

  1. Implanter le programme Logement à soutien gradué sur l’ensemble du territoire du CRDITEDME et tenir des activités d’appropriation auprès des équipes.
  2. Revoir les critères d’accès : discriminer les usagers les plus fonctionnels ou offrir le programme selon plusieurs niveaux d’intensité.
  3. Procéder à une meilleure analyse de l’anxiété (afin d’avoir le soutien nécessaire pour y faire face)
  4. Mieux préparer les usagers et proches sur l’aspect financier notamment le coût élevé des logements.
  5. Bonifier l’analyse clinique.
  6. Avoir davantage recours aux organismes communautaires (pas seulement ségrégués) et impliquer dès le départ les CSSS si nécessaire.
  7. Faire connaître le programme aux partenaires du réseau.
  8. Offrir rapidement et à tous les éducateurs entraîneurs au programme, la formation Intervention réseau et s’assurer qu’ils reçoivent la sensibilisation DI et/ou TSA s’ils en ressentent le besoin pour bien connaître nos deux clientèles.
  9. Assurer une relève aux éducateurs entraîneurs et prévoir des moments d’échanges entre les équipes dédiées au programme des différents territoires.
  10. Lors de la constitution des charges de cas, bien tenir compte des besoins des usagers et de l’intensité nécessaire. Les charges de cas vont varier en fonction des périodes d’intensité et d’estompage pour chaque usager.
  11. Bien compléter le dossier de l’usager à la fin de l’épisode de service (plan de transition, utilisation de l’outil Mesure de la qualité de l’environnement (MQE) et fermeture de l’épisode de service en bonne et due forme).
  12. Réfléchir à la trajectoire de services des usagers ayant réalisé avec succès leur intégration en logement. Devraient-ils demeurer au programme adaptation et réadaptation à la personne et en Intégration au travail et communautaire?